Petite fille sensible voulait mourir

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Ce texte comporte des idées qui pourraient créer de l'intensité émotive. Âmes sensibles s’abstenir.


Je ne sais pas quel âge j’avais lorsque pour la première fois j'ai voulu mourir. J’étais trop jeune pour associer le mot “mourir” à ce que je ressentais. Ma compréhension du monde qui m’entourait se faisait à travers les diverses sensations que je vivais dans mon corps plutôt que par les pensées.

Je me souviens de cette sensation submergeant de désespoir. Les larmes n'en finissant plus de couler sur mes joues, je voulais disparaitre. Ne plus exister pour faciliter la vie de mes parents, et ainsi mettre fin à la détresse que je ressentais dans mon coeur. 

Sans le sentiment que notre mère nous apprécie, on pourrait conclure, je suis un fardeau que personne ne veut. J’aimerais pouvoir disparaitre.
— Jasmin Lee Cori, THE EMOTIONALLY ABSENT MOTHER How to recognize and heal the invisible effect of childhood emotional neglect.

Pendant ces moments de désespoir profond qu’a commencé à se creuser un trou noir sans fond en moi. Un abime de souffrance si profond que je faisais tout en mon pouvoir pour l’éviter quitte à mentir à mes parents.

Lorsque mes parents étaient très fâchés contre moi et que je voyais du dégout et de la honte dans leurs regards, je me brisais en mille petits morceaux à l'apparence impossible à reconstruire. C'est dans le regard honteux de mes parents que j'ai appris à haïr qui je suis et ainsi croire qu’ils seraient mieux sans moi. Je sentais les limites de ma souffrance s’approfondir jusqu’à en perdre le souffle.

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Parce que les enfants sont résilients, j'ai développé des moyens pour calmer ma souffrance et mon envie de disparaitre, comme manger mes émotions. Dans l’espoir de m’offrir un peu du réconfort qu’il me manquait dans ma relation avec mes parents et pour rétablir un certain équilibre entre tous les reproches qu’on m’adressait, la grande déception que j’étais pour eux et l’amour dont j’avais cruellement besoin.

Malgré ces moyens de trouver un peu de réconfort, ce désir de disparaitre s’est poursuivi à l’adolescence. Je dormais beaucoup pour réduire le nombre d’heures où la souffrance était une possibilité et je passais beaucoup de temps dans ma chambre, en état de vigilance dans ce petit cocon que je m’étais créé pour me protéger de la noirceur.

Je ne sais pas exactement combien de fois j’ai songé plus sérieusement à me tuer, mais à chaque fois, il y avait en moi, ce désir de vivre. Une petite lumière brillait et se battait pour rester vivante. 

Seulement récemment ai-je été capable de libérer la plus grande partie de ce trou noir sans fond qui m’habitait. Ça m'a pris plus de trente ans.

J’ai fait beaucoup de travail personnel et de lecture. J’ai appris et compris que cette souffrance m'a été léguée en héritage et que seulement une personne ayant beaucoup souffert peut en faire souffrir une autre. 

Je ne cherche pas de coupable, parce que ça me garderait encore plus longtemps dans l’énergie de souffrance d’une victime sans pouvoir sur sa vie. Alors que je veux prendre conscience de cette souffrance lorsqu’elle se présente à moi et accepter avec compassion sa présence pour m’en libérer davantage.

Je comprends la souffrance de ceux qui ont passé à l’acte, je ne les juge pas comme beaucoup le font. Je ne les trouve pas lâches, parce qu’il faut du courage pour se lever chaque jour pendant des années avec cette noirceur ravageant chaque parcelle de lumière en soi. La vie est précieuse et elle est forte. Je ne peux qu’imaginer l’immense désespoir que vit une personne qui met fin à sa vie, quand toute la lumière s’est éteinte.

Je veux vivre dans un monde où on ne banalise pas la souffrance qu’on cause aux enfants. Les phrases vides de compassion comme: “Tu ne t’en souviendras pas le jour de ton mariage” devant la souffrance que l’adulte fait vivre à son enfant ne devraient jamais être prononcées. 

Photo by  Fuu J  on  Unsplash

Photo by Fuu J on Unsplash

Je veux vivre dans un monde où on respecte les enfants en les considérant comme des êtres humains à part entière, autant importants que les adultes. Où on n’abuse pas d’eux seulement parce qu’on est plus fort physiquement et insensible à leur souffrance due à la déconnexion qu’on a faite avec notre coeur pour se protéger de négligence émotionnelle qu’on a soi-même vécue.

Cette violence émotionnelle n’excuse pas la souffrance qu’on fait vivre aux enfants. On est responsable peu importe la raison et c’est à nous d’avoir la détermination de trouver notre chemin vers la lumière.

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Une partie de moi est contente d'avoir vécu cette souffrance, car en devenant une mère je savais exactement ce que je ne voulais pas pour mes enfants. Ma souffrance m’a grandement motivé à ne pas la laisser en héritage à mes enfants en choisissant de les aimer inconditionnellement.

Dans ce chemin de liberté d’être que j'ai créé pour mes enfants, je me suis tranquillement retrouvé, un morceau à la fois. Je remercie la vie d’avoir mis sur mon chemin le cadeau de la souffrance et le courage de la transformation.

Julie xo